Mon préféré! Les portraits des personnages sont fascinants.
Il est important de noter qu'il s'agit du second livre de Paul Auster que je lis, après Trilogie New-Yorkaise. On y retrouve le même style et le même rapport au temps, sujet fascinant. Les années passent, l'auteur ne peut s'empêcher de se réferer au dates.
Les personnages sont surprenants et hauts en couleurs: comment oublier des figures comme Benjamin Sachs, Maria Turner ou encore Lillian Stern? Ils appartiennent désormais à l'imaginaire du lecteur, par leur singularité et leur force interieure.
D'autre part, Auster a un don particulier pour parler des femmes et de leurs rapports avec les hommes...
La première moitié du livre est la meilleure, ensuite le récit prend une tournure plus conventionnelle, moins "géniale", même si l'on reste suspendu à l'histoire jusqu'à la dernière page. A partir du moment où Sachs se rens en Californie pour y rencontrer Lillian Stern, la qualité de l'écriture baisse d'un cran. Cela est dû, je crois, au fait que pendant ce long moment, le personnage central du livre, le narrateur Peter Aaron, disparaît. Or la force du livre tenait au fait que tout était vu à travers ces yeux, donc sujet à la subjectivité et à l'erreur. Dès lors qu'il disparait, le récit devient l'oeuvre d'un narrateur invisible omniscient...donc clair et dépourvu de mystère.
Pourtant, l'un dans l'autre, ce livre est vraiment très fort, et je l'ai préféré à Trilogie New-Yorkaise, car les personnages sont plus fouillés.
Pourtant, cette histoire de bombe arrive un peu comme un "cheveu sur la soupe", pardonnez moi l'expression...C'est regrettable, car on a comme un arrière-goût de déception à la fin de l'histoire. Tout ça pour ça...se surprend t-on à penser.
Il ya une volonté chez Paul Auster, une volonté remarquable de croire aux coïncidences et d'enfermer ses personnages dans ce qu'il a prévu pour eux initialement. En clair, il ne laisse pas ses personnages agir librement: ils sont au contraire la proie du destin. On peut s'en irriter mais c'est justement ce que j'apprécie tant chez Auster: le fait que tout puisse arriver, même le plus invraisemblable...
"Plus de quinze ans ont passé depuis ce jour-là";
"il avait fallu trois ans pour réparer les dégats";
"c'était le 23 février 1981: trois mois après Thanksgiving, un an après la rupture avec Fanny, six ans après le début de mon amitié avec Sachs;"
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